Qu’est-ce qui fait la biodiversité des forêts ?

La biodiversité exceptionnelle des forêts tropicales représente un défi majeur pour les écologistes qui cherchent à comprendre où et comment les espèces sont associées les unes aux autres.Jusqu’à récemment, cette répartition avait surtout été étudiée au sein de groupes d’espèces, principalement les plantes. La logistique, la durée des enquêtes terrain ainsi que la pénurie de taxonomistes ne permettait pas de faire des études sur plusieurs groupes d’espèces en parallèle.

L’hypothèse selon laquelle la composition des communautés d’arbres serait liée ou influencerait celles d’autres groupes semble vraisemblable. En effet, les plantes interagissent de multiples façons avec d’autres communautés : elles offrent « le gîte et le couvert » à une grande variété d’insectes et de microorganismes. Parallèlement, elles peuvent être influencées par les micro-organismes et les décomposeurs du sol.

Les compositions d’autres groupes d’espèces pourraient également être liées.

Pachycondyla dianae sur Cecropia hispidissima © Jérôme Orivel

Les fourmis* ont des rôles fonctionnels clés dans les écosystèmes forestiers et sont donc susceptibles d’influencer de nombreuses autres communautés. Ainsi certaines espèces de fourmi de la litière agissent sur la structure du sol en y creusant des galeries. Elles interagissent forcément sur la faune du sol, dont elles sont des prédateurs majeurs en compétition avec les araignées. Mais elles peuvent aussi être affectées par les ressources présentes, que ce soit la diversité ou l’abondance d’autres arthropodes ou bien la qualité de la litière.

Les champignons* ont également des fonctions importantes au sein de l’écosystème, parmi lesquelles la décomposition de la matière organique mais aussi la nutrition des plantes. Les communautés fongiques devraient donc logiquement être en phase avec les communautés d’arbres.

D’autres décomposeurs, comme les communautés de vers de terre, peuvent être influencés par les propriétés chimiques de la litière et des conditions du sol, mais pouvaient également modifier de manière substantielle les propriétés de ce sol et impacter ainsi d’autres groupes.

Enfin la répartition de toutes ces communautés pourrait être influencée par les conditions environnementales.  Là encore cela n’avait été montré que pour les arbres.

Un inventaire exceptionnel, coordonné et normalisé, a été réalisé dans 36 parcelles réparties dans quatre régions isolées représentatives de la diversité des écosystèmes du territoire. L’étude comprend des enquêtes exhaustives de cinq groupes taxonomiques très divers exerçant des fonctions écologiques clés: arbres, champignons, vers de terre, fourmis et araignées.

Les résultats mettent notamment en évidence l’existence de variations coordonnées entre ces cinq groupes d’espèces ayant des rôles fonctionnels majeurs en forêt tropicale. Certaines de ces variations sont en partie dues à l’environnement, et en particulier le phosphore disponible, mais cela n’explique pas tout.Ce travail met surtout en avant le rôle important des interactions entre espèces dans la diversité observée. Par une meilleure prise en compte des interactions au sein des écosystèmes, ce sont de nouvelles pistes qui s’ouvrent sur l’évaluation de leur « état de santé » et  la conception des programmes de conservation.-

* Etudiés dans le cadre du projet BING « Biodiversité Négligée de Guyane : de la connaissance à la valorisation », porté par le CNRS pour l’UMR EcoFoG, est cofinancé par l’Union européenne et le CNES.

L’Europe s’engage en Guyane avec le Fonds européen de développement régional.