Lumière sur les métaux lourds

La « terre rouge » ou latérite qu’on retrouve sur une grande partie du territoire est au cœur d’un important projet de recherche interdisciplinaire qui a démarré officiellement la semaine dernière : le projet ECLAT.

De couleur rouge-orange, la latérite (du latin Later, brique) se forme lentement sous un climat tropical. L’eau s’infiltre dans le sol entrainant la perte des éléments chimiques tels que manganèse, magnésium, calcium, potassium…. Sur des millions d’années, ce lessivage laisse ainsi derrière lui ce que l’on appelle « une couverture latéritique » contenant principalement de l’aluminium, du silicium et du fer. C’est ce dernier qui en s’oxydant est responsable de la couleur rouge à orange des roches. Mais ce n’est pas tout ! Les latérites accumulent également naturellement des métaux comme l’or, l’arsenic, le mercure, le plomb et le chrome…

Schéma latérite
Étudier les métaux lourds potentiellement toxiques

Deux enjeux majeurs motivent le projet de recherche : documenter la diversité des sources de contamination métallique (mercure, plomb, chrome, arsenic, etc.) dans la latérite, l’eau et les sédiments[1] et distinguer ce qui relève de sources naturelles et ce qui provient de l’activité humaine, notamment l’orpaillage pratiqué depuis les années 1850.

Une équipe de recherche de plus de 25 scientifiques, ingénieurs et étudiants de 7 universités, dont l’Université de Guyane, est mobilisée. Ils sont spécialisés en géologie, minéralogie, géochimie, géochronologie, sciences humaines … Ils vont s’atteler à mieux comprendre comment les métaux lourds passent des latérites vers les cours d’eau et sont transportés, éventuellement transformés en forme toxique, puis s’accumulent. Ils vont aussi tâcher de reconstituer et évaluer la part des activités de l’homme (orpaillage, habitat, agriculture) sur la contamination en métaux lourds.

Sur le Maroni et la Mana

Si le territoire apparaît comme un laboratoire naturel unique combinant des zones préservées et des zones impactées par l’homme, le projet se focalise sur les rivières Maroni et Mana. Elles partagent en effet des contextes géologiques similaires mais présentent des différences de flux d’eau, de quantité de débris végétaux et dans leur occupation humaine passée et présente.

Le projet ECLAT permettra d’étudier les phénomènes à différentes échelles temporelles, de l’échelle géologique (millions d’années) à l’échelle quotidienne.

Au laboratoire
Plateforme Géochimie-Minéralogie ISTerre

Plusieurs campagnes d’échantillonnages de latérites, d’eau et de sédiments des rivières et des berges sont prévues. En laboratoire ensuite, les concentrations des éléments chimiques des échantillons liquides et solides seront analysées, l’âge des roches mesuré et les données interprétées. Le travail historique sera réalisé à partir de cartes et documents d’archives pour retracer l’évolution des installations humaines sur les 200 dernières années.

C’est un enjeu de santé publique et de santé environnementale
Tableau en salle de sciences au collège de Grand Santi.
Le tableau durant une intervention au collège Achmat KARTADINAMA

Les données collectées aboutiront, à moyen terme et en lien avec d’autres projets de recherche, à la création de cartes détaillées sur la présence, la quantité et l’origine des métaux dans l’environnement.

Plusieurs actions d’information et de sensibilisation de la population, ainsi que de formation de la jeunesse, sont prévues jusqu’en 2027.

Il est à noter que le projet ECLAT s’inscrit dans un écosystème de recherche plus large, aux côtés d’autres initiatives comme les projets Aymara, Goyave et Phenomena, qui s’intéressent respectivement à la contamination aux métaux lourds du Maroni, au sous-sol sur le littoral et à l’évolution des écosystèmes. La constellation de recherches témoigne de l’intérêt scientifique grandissant pour comprendre les dynamiques complexes entre le sol, l’eau et les activités humaines dans notre région si particulière.


Le projet ECLAT (Processes controlling the environmental dynamics and societal impacts of geogenic and anthropogenic trace metals contaminants in French Guiana)[2], financé par l'Agence Nationale de la Recherche, associe six institutions françaises dont l'Université de Guyane, et se déroule sur une période de 48 mois.

[1] Matières en suspension et/ou déposées au fond des cours d’eau.

[2] Processus contrôlant la dynamique environnementale et les impacts sociétaux des contaminants métaux traces naturellement présents dans les sols ou résultant de l’activité humaine en Guyane Française.