L’arbre qui cache la forêt

En avril dernier, il était question de passer de l’arbre à la crème de soin grâce au projet ValorExtr@ct[1]. On se doute bien que cela ne se fait pas d’un coup de baguette magique !

Il faut commencer par le début : l’arbre… et donc la forêt.

La forêt couvre 96% de notre territoire, soit plus de 8 millions d’hectares. Elle est composée majoritairement de forêts anciennes et rassemble près de 2000 espèces d’arbres !

La production de bois est assurée de façon durable sur 2,4 millions d’hectares. Les quatre plus grands massifs actuellement exploités sont Paul Isnard (SLM), la Counamama (Iracoubo), Bélizon (Route de l’Est) et Régina (Saint-Georges).

Dans l’Est, les bois les plus courants sont l’angélique et le balata, alors que dans le Centre et l’Ouest sont exploités l’angélique, l’amarante et le grignon. En tout, environ 80 essences d’arbres sont utilisées au premier rang desquelles l’angélique (45.8%) suivi par le gonfolo (18,4%) et le grignon (6.3%).[2]

La « filière bois », parmi les plus dynamique et les mieux structurée du territoire, compte environ 250 entreprises (dont près de 90% de TPE), qui représentent 900 emplois directs et génèrent un chiffre d’affaire de l’ordre de 100 M€. [3]

La première transformation du bois comprend l’activité d’exploitation forestière ainsi que les unités de sciage et de rabotage du bois. La seconde transformation regroupe les entreprises transformant le bois avivé « sorti de scierie » en charpentes, mobilier, bois profilés, artisanat d’art, etc. et assurant la pose de produits finis (charpente, menuiserie, agencement).

Première transformation du bois en scierie
Première transformation du bois en scierie – Com au carré 2019

Malgré les avancées, la filière bois guyanaise se situe aujourd’hui à un tournant car l’amont de la filière connaît une situation tendue depuis plusieurs années due :

  • aux coûts importants de gestion et d’exploitation forestière, notamment en raison de la création permanente de pistes temporaires ;
  • et surtout, à la quasi absence de filière de valorisation des connexes de l’exploitation forestière et des connexes de scierie.

Les professionnels comptent sur l’émergence d’une filière bois énergie – biomasse[4] pour augmenter les volumes exploités et améliorer la rentabilité de la gestion et de l’exploitation forestière.

Déchets de scierie – Com au carré 2019

Pourtant, dans un contexte international de crise de l’industrie forestière et a contrario de forte demande dans l’industrie des produits naturels (cosmétiques, cosméceutiques, pharmaceutiques, …), la nécessité d’innover s’impose !

Pourquoi ne pas utiliser l’écorce d’essences guyanaises ou les déchets de scieries, comme source de molécules d’intérêt pour le secteur cosmétique, produits à forte valeur ajoutée ??

Rendez-vous le mois prochain pour découvrir comment le CIRAD se lance dans ce type d’innovation avec un partenaire comme Lukas Meyer Cosmétic – Bioforextra  !


[1] Le projet ValorExtr@ct, coordonné par l’Unité Mixte de Recherche ÉCologie des Forêts Guyanaises (UMR ECoFoG) et porté par le CIRAD,  bénéficie d’un financement européen FEDER. Ses partenaires sont Guyane Développement Innovation (GDI) et les laboratoires LMC -Bio ForeXtra.

[2] Source : rapport IEDOM 2016.

[3] Source : site Internet de la DAAF Guyane.

[4] La Guyane compte actuellement une seule centrale biomasse à Kourou qui utilise les produits connexes des scieries. Trois autres projets sont en phase de développement (Cacao, Saint-Georges et Montsinéry). Leur mise en service  est retardée.