Vos… virus SVP !

Quand ils lèvent le nez pour regarder passer les oiseaux migrateurs… ils se demandent quels virus potentiellement dangereux pour l’homme ces derniers peuvent bien transporter ! « Ils », ce sont les chercheurs du Laboratoire des Interactions Virus-Hôtes. Bienvenue dans le monde des chasseurs de virus !

Les oiseaux sont les réservoirs naturels de nombreux virus pouvant avoir un impact important en santé publique. Ils jouent également un rôle majeur dans la survenue[1] et la dispersion[2] de nouveaux virus : pour mémoire la crise de la grippe aviaire provoquée par des oiseaux, contaminés sur des élevages de porcs en Asie, qui avaient répandu un certain virus H1N1 dans le monde entier !

Limicoles ©O.Chastel/CNRS

Or, notre région est un lieu d’escale pour plusieurs milliers de limicoles venant du Grand Nord canadien et de l’Alaska. Que ces oiseaux passent l’hiver sur les bancs de vase ou qu’ils ne fassent qu’une escale avant de poursuivre leur route plus au sud vers l’Argentine, le Brésil ou l’Uruguay, ils sont en contact avec les 450 espèces d’oiseaux que compte le département.

Vues sous cet angle, les questions que se posent les virologistes de l’Institut Pasteur de la Guyane ne paraissent finalement pas invraisemblables ! Une étude a donc été lancée sur 3 ans afin de pouvoir y répondre : le projet BirDiV[3].

Les chercheurs et leurs partenaires vont capturer des limicoles dont le Chevalier grivelé (Actitis macularius) ou le Pluvier semipalmé (Charadrius semipalmatus).Ces captures seront réalisées deux fois par an[4] lors de leur passage en Guyane. Les sites choisis sont des endroits où se croisent oiseaux résidents et migrateurs. Chaque individu sera bagué, âge et sexe consignés, et relâché après un prélèvement de sang, un autre sur le bec et un dans le cloaque.

Une partie du plateau technique du Laboratoire

Au laboratoire, Arielle Salmier et Sourakhata Tirera, respectivement une jeune chercheur et un bioinformaticien recrutés dans le cadre du projet, testeront les échantillons pour la présence de virus très défavorablement connus des services sanitaires : grippe, paramyxovirus[5], West Nile[6], Saint-Louis[7]. Ils auront également recours à des approches moléculaires de dernière génération afin de tenter d’identifier de nouveaux virus.

Décrire les virus présents chez certaines espèces d’oiseaux permettra de faire un état des lieux des virus qui peuvent circuler en Guyane. Les applications de ces travaux seront nombreuses et concrètes : évaluer le nombre d’oiseaux porteurs et de personnes contaminés, identifier les zones à fort risque de transmission, développer des méthodes et des indicateurs de surveillance, de diagnostic…

 

[1] Les virologistes, qui étudient les virus, parlent plus exactement d’ « émergence ».
[2] Le terme couramment utilisé par les spécialistes est « dissémination ».
[3] BirDiV pour « Birds and Diversity of Viruses » c’est-à-dire oiseaux et diversité des virus. Le projet monté en partenariat avec l’Unité d’entomologie et le Laboratoire de Virologie de l’Institut Pasteur de la Guyane, le LabEx-CEBA, le GEPOG, la plateforme de Bioinformatique de l’Institut Pasteur et le Laboratoire bioGeco à Bordeaux est financé par le FEDER sur la période 2017-2019.
[4] Octobre-Novembre-Décembre à l’aller du Nord vers le Sud et Mars-Avril au retour.
[5] Cette famille comprend des virus responsables des oreillons, rougeole, maladie de carré, …
[6] Transmis à l’homme par les moustiques, le virus de West-Nile entraîne une fièvre brutale, parfois associée à des complications neurologiques.
[7] Lui aussi transmis à l’homme par les moustiques, le virus de Saint-Louis cause une encéphalite du même nom.

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