Chercheur = n.f. personne déterminée

Chimiste et spécialiste du bois, le Dr. Nadine Amusant s’intéresse à la valorisation des bois. Au-delà du matériau, à l’échelle des molécules, elle essaie de comprendre toutes les propriétés des essences telles que la dureté, la couleur, l’odeur, … Affectée au Cirad Guyane en 2010, le Dr. Amusant va prendre à bras le corps la problématique d’une espèce patrimoniale : le bois de rose.

Aniba rosaeodora Ducke ou bois de rose ©Cirad

Le bois de rose (Aniba rosaeodora) est un arbre originaire d’Amazonie (Venezuela, Colombie, Equateur, Guyana, Pérou, Suriname, Nord du Brésil et Guyane). Son nom dérive du parfum agréable qu’il dégage. Depuis plus d’un siècle, l’huile essentielle de bois de rose est recherchée en parfumerie de luxe[1] pour ses propriétés olfactives et fixatrices de parfum. Elle est aussi utilisée en aromathérapie pour ses nombreuses qualités : régénérateur tissulaire, anti fongique, anti bactérien, adoucissant…

Usine de bois de rose des Comptoirs coloniaux Chiris (c. 1926) © Archives départementales des Alpes-Maritimes

Le bois de rose a ainsi été exploité en Guyane dès 1875, occupant une place importante dans notre économie pendant près d’un siècle[2]. Cependant l’espèce a été récoltée dans de telles proportions que ses populations naturelles se sont épuisées. Cette situation a conduit à l’interdiction de son exploitation en 2001.

Pourtant la demande d’huile essentielle de bois de rose est toujours là, loin d’être satisfaite par la production de son seul producteur aujourd’hui : le Brésil.

A son retour en Guyane, Nadine Amusant rencontre l’unique producteur d’huile de bois de rose restant sur le département et identifie les questions clés : verrou réglementaire et verrou technique. Elle monte alors un projet de recherche, Anib@rosa[3], qui aboutira notamment à faire évoluer la législation : le décret n° 2017-848 du 9 mai 2017 interdit désormais uniquement l’exploitation du bois de rose d’origine sauvage. Le Dr. Amusant et son équipe ont mis au point les outils moléculaires permettant de « tracer » un extrait d’huile de bois de rose et remonter à son arbre d’origine, sauvage ou issue d’une plantation.

Plants de bois de rose ©Cirad

Anib@rosa a aussi permis aussi de proposer un « itinéraire technique » aux futurs exploitants des plants de bois de rose : lumière, type de sol, drainage… Les rendements en huile ont été mesurés par extraction chimique des molécules dont le Linalol-D. Des tests ont été faits sur différentes parties (feuille, tige, tronc) d’arbres d’âges différents, afin d’exploiter le plus durablement possible chaque individu. Il en ressort que, pour une utilisation en parfumerie, il faut extraire l’huile essentielle du bois de préférence alors que, pour une utilisation en aromathérapie, l’extraction à partir des feuilles (qui n’impliquent pas la destruction de l’arbre) est suffisante[4].

Malgré ces avancées, la disponibilité de la ressource végétale reste encore un verrou au re-déploiement de la filière sur le territoire.

Pour le faire sauter, le Dr. Amusant et son équipe proposent de se pencher sur la problématique avec un nouveau projet, Anib@rosa2[5]. Afin que des plantations industrielles de production de bois rose puissent voir le jour, ils vont expérimenter de nouvelles voies d’obtention de plants : la multiplication végétative et/ou le taillis. Les chercheurs vont également s’intéresser aux gènes contrôlant les critères de qualité du bois de rose tels que la croissance et la production d’huile essentielle. Des outils de sélection des individus performants pourront ainsi être proposés dans le cadre de programmes d’amélioration génétique.

De belles perspectives donc pour une filière « transparente » alliant gestion durable d’une ressource naturelle, retombées économiques et promotion du patrimoine culturel.

Pour ce qui est de motiver les chercheurs de demain, le Dr. Nadine Amusant n’est pas en reste. Elle sème régulièrement les graines de la curiosité et de la science, comme cette semaine de Fête de la science, devant le tableau des CM1B de l’école Eugène Honorien.

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[1] L’huile essentielle de bois de rose rentre notamment dans la composition du célèbre parfum N°5 de Chanel.
[2] Une exposition revient, entre souvenirs et senteurs, sur l’histoire de cette filière. Elle est actuellement visible au Village des Sciences à l’Université de Guyane.
[3] Anib@rosa: Contribution à une gestion durable du bois de rose et valorisation, Feder 2010-2013
[4] L’huile essentielle de bois de rose de Guyane est un produit de grande qualité, à très haut rendement en linalol D, plus que n’importe quelle autre HE de Bois de Rose amazonienne. Des précisions sur www.pescalune.wordpress.com
[5] Anib@rosa2, pré-projet sur fonds européens accepté et en attente de validation finale.

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